Décider "pour" et décider "avec"
Imaginez : vous avez le pouvoir légal de décider pour quelqu'un. Ce pouvoir vous est confié pour le protéger.
Mais où est la limite entre protéger et avoir du pouvoir sur ?
Entre décider "pour" et décider "avec" ?
Les professionnels de la protection juridique n'ont pas pour mission d'être de simples gestionnaires de dossiers. Non, ce sont des funambules éthiques, en équilibre permanent sur le fil des tensions quotidiennes.
Quand je discute avec des équipes, on me demande parfois : "À quoi ça sert, la philosophie, dans le médico-social ?"
Ma réponse aujourd'hui, c'est qu'elle permet de se connaître soi-même pour mieux connaître l'autre et l'accompagner de façon juste.
Puisque nos décisions ne sont jamais neutres. Elles sont traversées par nos biais, nos préjugés, nos interprétations. Et ce qu'on appelle "raisonnable" ou "normal" n'est souvent que le reflet de nos propres normes.
Le philosophe et médecin résistant Georges Canguilhem nous le rappelle : chaque individu crée ses propres normes de vie. Le rôle de l'accompagnant n'est donc pas de normaliser : c'est plutôt d'accompagner la création de nouvelles normes viables.
Ce 3 mars, j'ai eu la joie d'explorer ces questions avec les équipes de l'APASE 35 et de l'ATI 35 - Association Tutélaire d'Ille et Villaine, lors de la Semaine Nationale de la Protection Juridique des Majeurs.
J'ai tenu à défendre l'idée que l'autodétermination ne se donne pas, elle émerge. La personne mandataire n'est pas celle qui "autorise" l'autonomie. Selon moi, elle doit être celle qui crée les conditions de son émergence chez la personne protégée.
A la manière d'une maïeuticienne (au sens que lui donne Socrate), la personne mandataire aide l'autre à accoucher de ce qu'il sait déjà, de ce qu'il veut, de ce qui compte pour lui. Et cela passe sans doute par ses questions ouvertes, mais aussi grâce à son écoute et donc au temps que demande la relation de soin et l'éthique du care.
Par conséquent, dans la mesure du possible (malgré l'urgence, le sous-effectif et les difficultés structurelles...) la solution au problème rencontré ne vient pas du professionnel. Elle vient de la personne accompagnée — avec l'aide du professionnel.
Un grand merci à Ingrid Vanechop pour sa confiance et son enthousiasme communicatif ! 🌞 Mais également au public pour les échanges, ainsi qu'à l'APASE et à l'ATI pour leur invitation.