Soigner, c’est panser mais c'est aussi penser.

Non pas penser "à la place”, mais penser 𝙖𝙫𝙚𝙘 le patient. Il s'agit de questionner ce que l'on croit évident :

qu’est-ce que soigner ? Qu’est-ce que bien agir ?

Deux journées de formation denses et passionnantes à Brest, organisées par l’Espace de Réflexion Éthique de Bretagne (EREB). Grâce à l'éthique, le soin ne saurait se réduire à un geste technique, c’est une pensée en mouvement. Les intervenant.e.s ont insisté sur ce point crucial : l’éthique n’est pas une simple théorie. C’est une pratique du discernement, un travail de lucidité au cœur de l’incertitude. Car, comme l’a rappelé un intervenant : si la réponse est évidente, alors ce n'est pas de l’éthique.

Les personnels soignants, les philosophes, les patient.e.s, tous explorent ce même territoire complexe : celui où la technique ne suffit plus, et où il faut penser pour ne pas nuire. En effet, "𝙥𝙧𝙞𝙢𝙪𝙢 𝙣𝙤𝙣 𝙣𝙤𝙘𝙚𝙧𝙚" est l'adage transmis aux étudiant.e.s de médecine : d'abord, ne pas nuire. Ce principe de prudence (𝙥𝙝𝙧𝙤𝙣𝙚𝙨𝙞𝙨, en grec) est défini par Aristote comme une disposition pratique qui permet d'identifier "le juste milieu" en situation et ainsi agir de façon éthique.

J’observe que l’éthique n’est pas l’application froide d’un principe. C'est un effort collectif pour penser en situation d’incertitude lorsque les valeurs s’entrechoquent : liberté ou sécurité ? autonomie ou contrainte ? Une patiente atteinte d’Alzheimer enfermée chaque soir “pour sa sécurité” est-ce encore du soin, ou déjà de la contrainte ?
Dans les discussions, un mot revenait souvent : humilité. L’éthique du soin n’est pas l’art d’avoir raison. On ne cherche pas la pureté morale, mais une sagesse pratique philosophique, celle qui permet d’agir sans trahir le sens du soin.

J'ai été prise d'un certain vertige quand j'ai réalisé que ces dilemmes ne sont pas des cas de conscience rares, réservés aux comités d’éthique. Ce sont des réalités quotidiennes dans le monde hospitalier, qui laissent des cicatrices et où les regrets et remords rongent, parfois plusieurs années durant.

Ce que j’en retiens, c'est que la vulnérabilité, loin d’être un défaut, est une forme de lucidité éthique. C’est celle qui nous rend capables d’humanité.

A la suite de cette formation, j'ai l'immense joie d'intégrer le comité d'éthique du Centre Hospitalier de Lamballe, Lorient et Landerneau ! ☺️ Si vous faites partie d'un comité et que vous cherchez un profil philosophique pour prendre part à vos débats, je suis partante !

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Hier, j'ai participé à mon premier comité éthique.

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L’éthique à rebrousse-poil…